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  L'ÉCOLE AUTREMENT
  L'ÉCOLE À L'HÔPITAL
 
« Le droit à l’éducation (…) concerne les enfants et les adolescents atteints de troubles de la santé quelle que soit leur situation : hospitalisation dans un établissement de santé, soins de suite et réadaptation, soins à domicile. »
 
Depuis ce principe décrit dans l’article 1er de la loi de 1989 qui assure un suivi scolaire au sein des grandes structures hospitalières, le modèle de « l’école à l’hôpital » a connu des évolutions profondes.
Les progrès de la médecine notamment ont permis de raccourcir les séjours et de développer des hospitalisations à domicile : depuis la circulaire du 17 juillet 1998, des mesures offrent la possibilité de déployer les dispositifs d’assistance scolaire à domicile.
Bien sûr, l’Éducation nationale n’a pas attendu cette période récente pour agir en faveur des enfants malades. Dès l’entre-deux guerres, il existait ce que l’on appelait des « écoles de plein air ». Déjà, les enseignants intéressés pouvaient suivre une formation au centre de Suresnes. Aujourd’hui, la continuité éducative est mieux structurée dans les hôpitaux qui accueillent des enfants.
Chaque année en France, ce sont 12000 à 15000 élèves qui sont momentanément éloignés de leur établissement scolaire.
 
LYON, BERCEAU HISTORIQUE DE L’ÉCOLE À L’HÔPITAL
À Lyon, dès 1948, le Professeur Jeune a cherché à aller plus loin, en accord avec les autorités académiques. Le but de cette première démarche était principalement de maintenir le niveau des élèves hospitalisés pour qu’ils ne perdent pas leurs acquis et qu’ils puissent réintégrer un établissement après leur séjour. L’idée était belle, même si médecins et enseignants avaient du mal à faire coexister leurs professions : les enfants arrivaient à l’hôpital pour y être soignés,… ils auraient bien le temps de s’occuper de leur scolarité une fois la guérison obtenue, entendait-on dire. Peu à peu pourtant, des protocoles ont été conclus entre les hôpitaux de Lyon et l’Éducation nationale et c’est en 1988 que l’École des Enfants Malades sera créée sous sa forme actuelle.
 
LE RÔLE DE L’ENSEIGNANT À L’HÔPITAL A CHANGÉ
Aujourd’hui, Guy Roussin, Directeur de l’École Spécialisée des Enfants Malades pour l’ensemble des Hôpitaux de Lyon et Coordinateur de l’assistance pédagogique à domicile pour le département du Rhône au niveau 1er degré, gère dix sites hospitaliers dont deux centres de longs séjours. Tous les enseignants qui officient pour cette école ont suivi la formation spécialisée sanctionnée par le CAPSAIS (Certificat d’Aptitude aux Actions Pédagogiques Spécialisées pour l’Adaptation et l’Intégration Scolaire). Ils interviennent de manière souple, adaptée et différente, au pied du lit, dans les classes à l’hôpital, à domicile, dans les écoles ordinaires ou dans le cadre d’un Projet d’Accueil Individualisé (PAI).
« Depuis 1948, notre rôle a largement évolué. Les mentalités ont changé, les médecins ont pris conscience que l’école était un bon support à la thérapie, qu’elle pouvait même faire partie intégrante de la thérapie », déclare Guy Roussin. Si ce sont encore les soins qui priment, pour des enfants souvent très malades, la venue d’un enseignant n’est plus considérée comme perturbant pour l’équipe soignante.

La tâche de l’enseignant n’est pas seulement de prendre en charge les cours mais aussi de nouer des contacts entre les parents, l’école d’origine et les soignants. Le Directeur précise : « notre rôle est de restituer le rituel de l’enfant. Dans cette optique, l’idéal est d’avoir un local conçu comme une classe au sein même du service ». Et ajoute : « Je me souviens d’un jeune malade venu suivre le cours dans la classe de l’hôpital, et qui, parce que cela ne l’intéressait pas ce jour-là, s’est levé et m’a dit en partant « J’en ai marre, je rentre à l’hôpital ! ». Cette réflexion est très révélatrice de l’importance de la continuité pédagogique dans un cadre qui paraît en dehors de l’hôpital alors que ces classes y sont bien installées.»
 
L’ÉCOLE À DOMICILE, UN PONT AVANT LE RETOUR À L’ÉCOLE
Le rôle de ce Directeur d’École pas comme les autres est aussi de prendre en charge la scolarité de l’enfant malade dans sa globalité jusqu’à sa réintégration dans son école d’origine. Dans ce cas, cette globalité va jusqu’à l’école à domicile. « Dès 1980 nous avons cherché à mettre en place ce système car rien n’était prévu. En effet, un enfant hospitalisé à la rentrée scolaire à cause d’une jambe cassée était gardé à l’hôpital jusqu’à la Toussaint, mais devait rester immobilisé chez lui jusqu’à Noël. Pendant son séjour à l’hôpital, il bénéficiait d’un enseignement,…mais rentré à la maison, rien n’était prévu pour cet enfant. » Et pour que le système soit réellement performant, l’idée de faire intervenir des enseignants de l’école d’origine paraissait la meilleure façon de procéder. Aujourd’hui, grâce aux diverses conventions signées depuis 1984 entre l’Éducation nationale et les hôpitaux de Lyon, grâce à la création des Projets d’École qui ont offert plus de moyens en heures supplémentaires et bien sûr avec la circulaire de 1998, l’école à domicile est mieux structurée. « Nous arrivons à gérer les aller-retour hôpital - domicile en gardant un suivi entre les différents intervenants, et surtout un planning prévisionnel, » explique Guy Roussin. «Comme la circulaire de 1998 ne précise rien au niveau du nombre d’heures par jour, nous nous sommes basés sur le CNED, c’est-àdire 3 heures par semaine de répétiteur individuel. Cela couvre déjà les besoins essentiels. Pour certains, avec l’aide des associations ou des mutuelles, nous pouvons aller jusqu’à 6 heures par semaine. »  précise-t-il.
 
L’ENSEIGNANT DE PLUS EN PLUS SOLLICITÉ
Les relations entre les soignants et l’équipe de l’école à l’hôpital ayant évolué dans le bon sens, on demande aujourd’hui l’avis de l’enseignant en tant qu’expert. Notamment par rapport à certains traitements qui peuvent avoir un effet sur la scolarité d’un enfant. Ainsi, on demande autant à l’enseignant de débrouiller les problèmes scolaires de l’enfant que d’enseigner. Et Guy Roussin de préciser « quand je dis que l’on nous demande de plus en plus d’être expert, ce ne sont pas de simples mots qui font plaisir. Les traitements lourds pour les enfants peuvent provoquer des séquelles cognitives, et ce, longtemps après. Désormais, les médecins nous demandent par exemple de suivre cette évolution et de les alerter sur les conséquences du traitement même à long terme. C’est passionnant, car on peut se dire que l’on contribue à l’amélioration d’un traitement, dans son dosage par exemple, et dans le même temps, ce n’est pas évident au niveau de la formation des enseignants. »

La relation que va tisser l’instituteur ou l’institutrice de l’hôpital avec l’école d’origine est également primordiale. Prenons l’exemple de cet enfant myopathe en train de perdre la marche : à l’hôpital, son niveau et son attention étaient bons, mais en classe, sa maîtresse se plaignait car il se levait sans cesse. L’instituteur est alors venu dans sa classe et a pu constater que le mobilier n’étant pas du tout adapté, cet enfant craignait de ne plus jamais pouvoir se lever. L’installation d’une table conçue tout spécialement pour lui a permis de retrouver la sérénité dans sa classe.
 
L’ÉCOLE À L’HÔPITAL, LA DIMENSION HUMAINE AVANT TOUT
Les liens qui se tissent entre les enseignants et les petits patients sont extrêmement forts. Il faut être solide pour dispenser des cours notamment dans les services d’hématologie ou d’oncologie. « Nous sommes confrontés à la mort de nos petits élèves plusieurs fois dans l’année… trop souvent » explique Guy Roussin « c’est pourquoi nous avons mis en place un travail d’analyse de la pratique depuis 1986. Ces rencontres mensuelles permettent à chacun de s’exprimer, de parler de ses difficultés, de vider son sac en quelque sorte. Le sentiment d’isolement est ainsi quelque peu pallié grâce à ces réunions. » Le Directeur voudrait aller encore plus loin en instaurant un travail d’analyse commun entre soignants et enseignants. C’est un souhait qu’il sait très difficile à mettre en place, parce qu’à l’hôpital, le temps est compté, à juste titre, pour la vie.
 
INSTITUTRICES DE L’HÔPITAL DEBROUSSE : LE CŒUR ET L’ESPRIT
Vendredi, 9 heures à l’Hôpital Pédiatrique DEBROUSSE à Lyon, la maîtresse vient d’arriver. La classe peut commencer, enfin la classe…, les classes devrait-on dire. Dans cet hôpital, la classe est pourtant matérialisée, elle existe…, quelques mètres carrés pour une petite salle lumineuse et gaie, où se mêlent dessins, tableau, livres et ordinateurs. Une vraie classe avec deux enseignantes, Marie-Hélène et Catherine, deux femmes dont l’énergie et la bonne humeur se transmettent dès le premier regard.

« Ce matin, il faut aller aux nouvelles », annonce Marie-Hélène, « savoir ce que la nuit a réservé aux enfants et si de nouveaux petits élèves sont arrivés.»

S’il y a de nouveaux venus et que les parents viennent tout juste de recevoir un diagnostic parfois difficile à entendre, les institutrices attendent avant de proposer l’école…

« En général, les parents viennent d’eux-mêmes nous trouver assez vite pour voir comment l’école fonctionne, on en parle avec eux et l’on prend contact avec l’école d’origine pour savoir où l’enfant s’est arrêté. » Ensuite, bien sûr, c’est à l’enfant de décider « nous sommes les seules auxquelles ils peuvent dire non. Non, aujourd’hui, je n’ai pas envie de travailler. Ils ne peuvent pas dire non aux soignants car le traitement est obligatoire. »

Ces institutrices sont tenues, comme les soignants, au secret médical. Ce sont aux parents et à l’enfant de décider s’ils souhaitent mettre l’école d’origine au courant.

« Depuis 17 ans que j’enseigne dans un cadre hospitalier, je me suis rendu compte que, pour les enfants, c’était souvent une honte d’être à l’hôpital,… qu’ils ne voulaient pas que leurs camarades soient au courant » poursuit Marie-Hélène. Lorsque le traitement est long, bien sûr, la vérité peut difficilement être cachée, même si l’on ne pose pas de nom sur la maladie et le rôle des institutrices de l’hôpital est alors de préparer le retour du petit malade dans son école d’origine. « En service d’hématologie, les enfants sont soumis à des traitements qui vont leur faire perdre leurs cheveux. On leur propose de les prendre en photos et de les envoyer à leur classe. Cela peut paraître déplacé ou perçu comme un côté voyeur. Pourtant, c’est important que l’enfant malade ne perde pas sa place d’élève dans son école d’origine. Ses camarades suivent ainsi pas à pas le changement physique et symboliquement, l’enfant garde sa place dans la classe ».

À l’hôpital DEBROUSSE, l’emploi du temps scolaire est rythmé par les soins. Dans la mesure de leurs possibilités, les élèves se déplacent jusqu’à la classe, seuls ou par deux ou trois. Certaines pathologies par contre, comme on peut en voir au service Hématologie où les enfants doivent rester dans un environnement stérile, nécessitent des cours individuels au pied du lit. « Nous essayons d’avoir tout de même un emploi du temps défini avec les enfants et avec les soignants. Ici, par exemple, Catherine est en train de donner un cours de français au pied du lit. » À ce moment, une infirmière entre dans la chambre et, voyant son petit malade en pleine récitation, lance tout sourire « le soin peut attendre un peu, je reviendrai tout à l’heure ». Une preuve que le traitement et la scolarité réussissent aujourd’hui à cohabiter.

La joie de vivre de ces maîtresses est parfois atteinte lorsqu’un enfant vient à décéder… mais il faut continuer, pour tous ceux qui se battent encore contre la maladie. « Lorsqu’un décès survient, c’est toujours brutal, nous le vivons toujours comme une injustice » disent en chœur Catherine et Marie-Hélène. « Que l’on pleure ou non, c’est surtout sur le long terme que cela se ressent. On peut en effet gérer sa peine pendant plusieurs mois, plusieurs années même, l’analyser pour qu’elle devienne une force et trouver à chaque fois la force de continuer…, et puis un jour, sans savoir pourquoi, on craque ! Alors, il ne faut pas hésiter à en parler, à se faire aider psychologiquement même ». L’importance des réunions mensuelles d’analyse de la pratique est alors flagrante.

Pourtant, Marie-Hélène et Catherine ne changeraient de poste pour rien au
monde… pour leur bonheur et celui des enfants. Et les projets qui remettent du baume au cœur ne manquent pas !

En ce moment elles cherchent à organiser une classe verte sur le thème du cirque : « je demande cinq places même si je ne sais pas encore qui je pourrai emmener » confie Marie-Hélène. À cette occasion, les enfants malades séjourneront en même temps qu’une classe dite « normale » et seront accompagnés également par une infirmière. Une ouverture de plus vers le monde, un pas en dehors de l’hôpital qui redonne l’espoir pour tous ceux qui sont à la fois enfants, élèves et malades.
 
LA MAISONNÉE DE FRANCHEVILLE
La Maisonnée est un centre long séjour médicalisé pour les enfants malades. Suite à un accident, une maladie, un traumatisme, et après avoir séjourné à l’hôpital, ces enfants ont de tels handicaps qu’ils ne peuvent intégrer une école traditionnelle. « Bien sûr, certains d’entre eux, précise Guy Roussin, pourraient être chez eux si la situation familiale le permettait. Mais, leurs parents se débattent au quotidien avec des problèmes qui ne leur offrent pas la possibilité d’assumer, par exemple, un enfant ayant subi une trachéotomie. »

À la Maisonnée, deux classes sont ouvertes pour prendre en charge les enfants du centre : Geneviève, en poste ici depuis 4 ans (auparavant, elle enseignait en SEGPA) et Aurélie, une toute jeune institutrice arrivée récemment, se partagent l’enseignement des 11 enfants scolarisés ici. Elles sont aidées dans leur tâche quotidienne par Sandrine, une aide-éducatrice, emploi-jeune. Sandrine est heureuse aujourd’hui puisqu’elle vient d’apprendre que son contrat est prolongé jusqu’en juin…, et après ? « Son aide est importante ici, elle s’est investie, elle est motivée. Pourtant on ne sait pas si elle pourra rester à nos côtés » explique Geneviève.

Ici, chaque élève a un emploi du temps personnalisé : entre kinésithérapie, ergothérapie, soins divers, activités avec les éducateurs, l’école doit trouver sa place par intermittence. « Normalement, j’aime les avoir au moins une heure par jour tous ensemble, mais cette année nous avons seulement une demi-heure » constate l’institutrice. Pas le choix donc, il faut faire avec ce peu de temps. Pour les cours, les deux institutrices accueillent les enfants soit individuellement, soit par groupes de deux ou trois.

Au premier abord, on remarque l’aspect quelque peu désuet de la salle de classe : pas de mobilier adapté à des élèves en fauteuil roulant, un équipement informatique réduit…, et pourtant, la classe est chaleureuse, gaie même, avec ses fresques colorées partout sur les murs. « C’est vrai que nous devons surmonter beaucoup de difficultés, mais, vous savez, on se régale avec eux ! » affirment en souriant les deux enseignantes.

Aujourd’hui, avec Geneviève, Mohamed, Samy et Valentin sont en pleine création d’art plastique. Au programme, découpage et collage sur un thème bien précis.

« Il n’est pas question de les laisser dessiner ou peindre sans les encadrer. Chaque activité a toujours un but pédagogique, même celle qui paraît la plus simple ! » Valentin est de mauvaise humeur, il voulait faire de la peinture et le fait de lui imposer des collages ne lui plaît pas. Valentin tempête, sort de la classe, revient quelques minutes plus tard et déclare qu’il ne sait rien faire. Alors Geneviève essaie de le convaincre, de lui redonner cette confiance qu’il semble avoir perdu, du moins aujourd’hui. Puis Valentin découpe, colle et réussit presque à terminer son dessin. Un témoignage de ces petites victoires au quotidien qui font ressentir l’importance de l’école dans un établissement de très longs séjours. Une victoire parmi d’autres, comme celle d’avoir pu intégrer un de leur protégé quelques heures par semaine dans l’école publique à proximité de la Maisonnée.
Les autres enfants malades envient beaucoup ce camarade qui a réussi à sortir de la structure médicalisée, même si ce ne sont que quelques heures, et qui se confronte ainsi aux élèves valides. Mais n’est-ce pas aussi une chance pour ces derniers d’accueillir en leur sein un élève différent…, car l’apprentissage de la différence est certainement aussi important que les maths ou la géographie. Bien sûr, tous les enfants ne peuvent être intégrés dans une école traditionnelle, mais pour ceux qui le peuvent, l’expérience mérite d’être tentée.

En attendant, Mohamed, Samy, Valentin et les autres enfants de la Maisonnée continuent d’apprendre, chacun à son niveau, à son rythme, chaque jour un peu plus, grâce au professionnalisme de ces maîtresses « pas comme les autres ».
 
L’ÉCOLE À L’HÔPITAL…au CHU Charles Nicole de Rouen
Comme dans la plupart des établissements hospitaliers en France, l’école à l’hôpital a beaucoup évolué au CHU de Rouen durant les dernières décennies.

Sylvie Luce, Directrice de l’École à l’Hôpital depuis 25 ans a suivi les changements d’infrastructures et de mentalités. « Aujourd’hui, à l’hôpital, il n’y a pas d’un côté la Santé et de l’autre l’Éducation nationale, mais plutôt la Santé avec l’Éducation, c’est un véritable partenariat qui permet une prise en charge globale de l’enfant ou de l’adolescent. » Une réflexion qui définit à elle seule le véritable lien qui existe désormais entre soignants et enseignants.

L’unité pédiatrique du CHU accueille les jeunes malades de 0 à 16 ans, voire jusqu’à 17 ou 18 ans lorsque ce sont des patients atteints de maladie chronique ou de maladie au long cours. Des élèves d’âges différents pour lesquels il a fallu trouver des solutions d’apprentissage adaptées. Sylvie Luce dispose de 6 postes d’enseignants spécialisés répartis entre la pédiatrie, un service d’enseignants itinérants qui travaillent en liaison étroite avec le service de néonatologie pour les enfants handicapés moteurs, un suivi scolaire au centre de rééducation pour les traumatisés crâniens et une classe d’intégration scolaire pour les enfants porteurs d’un handicap moteur appelée CLIS 4. « En 1995, après des demandes multiples, nous avons obtenu la prise en charge d’heures supplémentaires par des professeurs de collège et lycée en Français, Mathématiques Anglais, Espagnol et Allemand. Ces enseignants ont choisi de venir. Bien sûr, on faisait l’école avant leur arrivée… pourtant vis-à-vis des adolescents scolarisés en 3e 2e 1e ou Terminale, le travail était plus difficile et l’on s’entendait souvent dire « toi, t’es pas prof, alors… ! ». Nos adolescents hospitalisés se sentent donc mieux encadrés maintenant. »

L’équipe dirigeante du CHU de Rouen en collaboration avec les médecins et Sylvie Luce cherchent à aller encore plus loin en créant une Unité de l’adolescent. « J’espère pouvoir mettre en place cette structure prochainement » précise la Directrice de l’École à l’Hôpital. Et de continuer, « car l’important, au-delà de l’apprentissage, c’est l’écoute et le respect de l’adolescent pour pouvoir avancer avec eux. »

D’autant, qu’aujourd’hui, les enseignants ont leur place dans le processus de soin. Être l’interface entre l’hôpital et l’école d’origine est un rôle minimum, être impliqué avec l’équipe soignante est primordial. « Nous avons une réunion par semaine avec les médecins et infirmières, le pédopsychiatre, le psychologue. Nous y avons notre place… par exemple, j’ai le souvenir d’un enfant très en retrait par rapport au personnel soignant mais, qui, pendant le temps scolaire participait plutôt bien et avait un réel comportement social. Ce décalage de comportement était important à signaler, et ainsi, le regard croisé des différents professionnels a permis une meilleure prise en charge et l’équipe soignante a pu mieux comprendre ce jeune et trouver les solutions adéquates. » Ce lien est aussi important lorsqu’une opération est programmée et que le chirurgien prévoit une hospitalisation longue, un retour en famille et à l’école particulièrement difficile… là, l’École à l’Hôpital est encore une fois un allié indispensable.

Centre de référence pour les troubles d’apprentissages, le CHU de Rouen s’intéresse particulièrement aux enfants et adolescents présentant des dyslexies, dysorthographies, dyspraxies... Avec ce Centre, l’équipe de l’École à l’Hôpital fonctionne avec une véritable stratégie pédagogique en liaison directe avec les médecins scolaires. Et pour aller encore plus loin, Sylvie Luce organise chaque année au mois de décembre « La Journée de l’École à l’Hôpital » destinée aux enseignants dans le cadre des Journées pédagogiques : « En 2001, nous avons abordé la maltraitance, en 2002, la problématique de l’accueil à l’école des enfants présentant des allergies alimentaires… et pour 2003, sera abordé un autre thème visant toujours à mieux accueillir l’enfant ou l’adolescent atteint de trouble de la santé. » Une date à retenir pour tous les enseignants qui veulent se former et s’informer sur ces situations particulières auxquelles ils seront confrontés un jour ou l’autre. Et l’espoir supplémentaire pour les enfants malades d’être mieux compris et entendus.
 
ANNEXES
TEXTES OFFICIELS CONCERNANT LA SCOLARISATION DES ENFANTS MALADES
• Circulaire n°91 303 du 18/11/91
Scolarisation des enfants et adolescents accueillis dans les établissements à caractère médical, sanitaire ou social.
• Circulaire n°92 194 du 29/06/92
Accueil des enfants porteurs du VIH dans les établissements publics et privés sous contrat des premier et second degrés.
• Circulaire n°98 151 du 17/07/98
Assistance pédagogique à domicile en faveur des enfants et adolescents atteints de troubles de la santé évoluant sur une longue période.
• Bulletin Officiel de l’Éducation nationale, hors série n°3 du 08/05/97
Certificat d’Aptitude aux Actions Pédagogiques Spécialisées d’Adaptation et d’Intégration Scolaire (CAPSAIS).
• Numéro de Réadaptation n°476 de janvier 2001
Accueil des enfants et adolescents atteints de troubles de la santé, à l’école, au collège et au lycée.
ONISEP
168, bd de Montparnasse
75005 Paris
 
S.A.U n°111 - mars 2003