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L'ERGOTHÉRAPIE,
UNE DISCIPLINE À CONNAITRE |
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| Parents et enseignants sont aujourd’hui
bien informés des troubles de l’apprentissage
dont peuvent souffrir certains enfants. Dès la maternelle,
les enseignants, sensibilisés par les médecins
et les infirmières scolaires, peuvent aider à la
détection d’enfants dyslexiques, par exemple,
pour le trouble le plus connu. En effet, il est désormais établi
que 10% des enfants entre 3 et 5 ans connaissent des troubles
du langage et c’est généralement à
partir de cet âge que les parents peuvent aller consulter
un orthophoniste pour réaliser un premier bilan.
De nombreuses campagnes de sensibilisation sont d’ailleurs
organisées chaque année sur ce problème. |
| Certains troubles qui concernent l’écriture
et la graphie sont, eux, méconnus. Dans ce cas,
parents et enseignants sont souvent moins armés
face à ce que l’on peut confondre avec un
manque d’application de la part de l’enfant. |
En compagnie de Marie
CHRÉTIEN-HUGUENOT, ergothérapeute
en milieu hospitalier, évoquons ce métier
qui travaille la rééducation du geste.
Une discipline qui porte bien son nom : ergo vient
du grec « ergon » qui veut dire travail,
force, et thérapeute évoque l’action
de soigner.
Activité
paramédicale peu connue, l’ergothérapie
se situe à la croisée
des chemins entre l’aide médicale,
sociale et humaine. L’ergothérapeute
doit réapprendre, maintenir
ou réadapter des gestes de
la vie quotidienne à des personnes
handicapées
à la suite d’un accident,
d’une maladie ou de la vieillesse
et, dans le cas qui nous intéresse
aujourd’hui, à
des enfants scolarisés souffrant
de certains troubles de l’apprentissage. |
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| Qui peur faire appel
à un ergothérapeute ? |
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M C-H : «
Nous travaillons sur prescription médicale
uniquement. Les enfants qui nous sont adressés
viennent sur recommandation du médecin scolaire,
du médecin de famille, du pédiatre
ou encore du médecin de rééducation.
Nous faisons partie de ces professionnels de santé
qui travaillent en étroite collaboration avec
les réseaux pédagogiques et médicaux
de l’école ainsi qu’avec les autres
thérapeutes comme les psychologues, les psychomotriciens,
les orthophonistes ou encore les kinés. Je
tiens à souligner l’importance de laisser à chacun
ses compétences. Atteindre l’autonomie
de l’enfant est l’affaire de tous pour
que le projet de scolarité
réussisse.» |
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| Comment procède l'ergothérapeute
lors d'une première rencontre avec un jeune patient ? |
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M C-H : « D’abord,
il s’agira de faire un bilan des capacités
et des incapacités de cet enfant. Généralement,
le médecin prescripteur qui nous envoie le patient
a déjà perçu des difficultés
sur lesquelles il a attiré notre attention, et oriente
ainsi notre bilan.
Ce bilan est réalisé à l’aide
de tests comme le test des cloches : la consigne donnée
à l’enfant est « tu entoures toutes
les cloches que tu vois sur cette feuille ». Ce test
permet de voir la stratégie visuelle de l’enfant,
très importante quant à l’approche
de l’écriture et de la lecture.
Autre exemple, le test de Fröstig qui met en exergue
la capacité de relations spatiales.
Notre spécificité est l’évaluation
du geste graphique, le bilan de la motricité fine
et de la coordination bimanuelle.» |
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| A la suite de ces bilans, quels diagnostics
pouvez-vous donner ? |
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M C-H : «
Permettez-moi de préciser que ce n’est
pas à l’ergothérapeute de poser
un diagnostic… seul le médecin peut
le faire. Notre bilan va faire ressortir des difficultés
ou des incapacités en motricité fine,
en graphisme, en perception spatiale, en construction,
permettant au médecin de poser un diagnostic
qui pourra être :
- un retard du développement psychomoteur
- un retard mental
- des difficultés en motricité fine
et en coordination bi-manuelle.
- Une dysgraphie, c’est-à-dire un dysfonctionnement
du graphisme non lié à un problème
moteur.
- Une dyspraxie visuo-spatiale, un trouble le plus
souvent découvert au moment de l’apprentissage
de l’écriture.
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| C’est une pathologie que
l’on retrouve chez les infirmes moteurs cérébraux
(IMC) et, ce qui peut paraître plus étonnant,
chez certains grands prématurés qui,
eux, ne présentent aucun trouble visible.» |
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| En fonction du "diagnostic", quels
types de soins sont préconisés ? |
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M C-H : « En fait, il
y a deux possibilités selon le type de pathologie
et le degré du trouble : soit, on peut procéder
à une rééducation, soit il faut mettre
en place une réadaptation.
Dans le cas d’une rééducation, il s’agira
d’améliorer, de récupérer une
fonction déficiente : apprentissage du découpage
(voir photo des ciseaux), exercices de motricité
fine, exercices de coordination bi-manuelle (laçage,
boutonnage, etc…)
Dans le cas d’une réadaptation (ce qui veut
dire que la rééducation ne servirait à
rien), nous essayons de compenser une incapacité.
C’est-à-dire, apprendre à l’enfant
à faire autrement pour réussir. Faire autrement
pour tracer un trait à l’aide d’une
règle antidérapante par exemple, faire autrement
pour lire en utilisant un pupitre de lecture, faire autrement
pour écrire grâce à un « guide
» sur le crayon. Je peux citer le cas de cet enfant
scolarisé en CM2 qui vient seulement d’être
diagnostiqué comme dysgraphique : une solution pour
lui, c’est l’apprentissage de l’utilisation
de l’ordinateur…, un apprentissage qui prendra
une année environ, et demandera deux années
d’automatisation (d’où l’importance
de la précocité du diagnostic).» |
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| Quel message souhaitez-vous faire passer
aux équipes pédagogiques ? |
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| M C-H : « D’abord
que le travail en partenariat avec les enseignants, les
médecins scolaires et les autres thérapeutes
est primordial. L’enfant dysgraphique dont je vous
ai parlé m’a été envoyé
par le médecin scolaire, qui lui-même avait
été contacté par un enseignant. Il
me semble essentiel que les équipes pédagogiques
soient sensibilisées à ces troubles du geste
qui peuvent devenir de véritables handicaps s’ils
ne sont pas pris en charge suffisamment tôt dans
la scolarité de l’enfant, par les professionnels
compétents. C’est là également
que les auxiliaires d’intégration scolaire
ont une place très importante dans ce type de scolarisation.» |
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Les informations
qui suivent sont extraits d’un livret réalisé en
2001 par une stagiaire ergothérapeute. La
jeune femme cherchait alors un moyen de sensibiliser
les enseignants sur la dyspraxie visuo-spatiale.
« La dyspraxie visuo-spatiale est une
pathologie propre aux enfants, mais malheureusement
encore peu connue et donc pas systématiquement
diagnostiquée. Or, comme nous allons le
voir, elle a des conséquences importantes
sur la vie quotidienne de l’enfant, et
notamment sur sa scolarité. Si elle est
ignorée, on peut croire l’enfant « en
retard
», malhabile ou simplement de mauvaise
volonté, alors qu’il sera bien souvent
brillant.
» |
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| Qu'est-ce que la dyspraxie visuo-spatiale
? |
Pour réaliser une action, la
seule motricité des muscles ne suffit
pas, il faut une gestion très précise,
et très particulière à
l’action, de tous les mouvements dans
le temps et dans l’espace. Cette gestion,
réalisée par le cerveau, s’apprend
dans la petite enfance au fur et à
mesure des expériences et des essais
répétés. S’inscrit
ainsi dans le cerveau une série de
« fiches techniques », qui, une
fois créées, ressortiront automatiquement.
On trouve par exemple les « fiches »
faire du vélo, écrire, s’habiller,
porter une cuillère à la bouche,
etc…
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| La dyspraxie, c’est donc
une « mauvaise perception » entraînant
de « mauvaises fiches » - due
à un dysfonctionnement ou une lésion
cérébrale. |
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Si des « fiches techniques » manquent
ou sont incomplètes, certains gestes ne
seront pas automatiques et demanderont donc beaucoup
d’efforts cognitifs et de concentration,
pour finalement être réalisés
maladroitement et souvent de façon erronée.
»
Note : il est important
de bien comprendre qu’il s’agit là
d’un mauvais fonctionnement cérébral,
et non d’un trouble moteur. De même,
il ne s’agit en aucun cas d’un retard
mental ou d’un trouble du comportement.
Enfin une dyspraxie est irrémédiable
: on ne la guérit pas, on ne fait qu’y
pallier.
« Pour la dyspraxie visuo-spatiale,
on peut dire que ce sont les « fiches techniques
» concernant la vision et l’espace
qui ont été touchées.
Ce qui est fondamental, c’est que l’enfant
dyspraxique se rend souvent compte de ces troubles
par le biais de ses erreurs. C’est ce que
l’UNESCO appelle le Syndrome de discordance
entre l’acte voulu et l’acte réalisé
; L’enfant connaît son but, les étapes
pour y parvenir et a la volonté d’y
arriver, mais n’atteint pas son résultat.
»
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| Quels peuvent-être les indices
? |

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À la maison :
- inattention visuelle quand il était
bébé (objets qui bougent, livre
d’images…)
- désintérêt pour les jeux
de construction (cubes, puzzles, légos,
etc…)
- désintérêt pour la télévision
: il ne retient que les dialogues, les sons,
les musiques.
Difficultés scolaires dans les
apprentissages suivants :
- graphisme dès l’âge
de 3 ans
- exploration d’une image
- activités manuelle (coller, découper,
colorier…)
- lecture et écriture
- arithmétique (dénombrement,
pose des opérations…)
- utilisation des outils scolaires (règle,
rapporteur, et même le cahier.)
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Ce qui est préservé
:
- le vocabulaire spatial
- la mémoire
- se repérer dans l’espace
réel sans faire appel à
la vision (bruits, odeurs…)
- les matières ne faisant pas
appel à l’écriture
(histoire, géographie…)
- le langage qui est souvent très
élaboré (on parle même
d’hyperverbalisation).
- l’intelligence, la logique, le
raisonnement. |
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| Comment réagir ? |
Si l’enseignant note plusieurs indices précédemment
cités, il convient d’en faire part
à un professionnel de santé.
Une fois le diagnostic établit, le travail
entre les thérapeutes et les enseignants se
mettra en place pour adapter au mieux la scolarité
de l’enfant :
- adaptation de la méthode d’enseignement
en privilégiant l’apprentissage oral.
- intégration de l’ordinateur (avec
le clavier caché pour éviter le contrôle
visuel nocif) : l’apprentissage est long (1
an pour apprendre et 2 ans pour l’automatiser)
mais très efficace pour une intégration
en milieu scolaire « normal ».
- orientation de l’enfant vers des études
littéraires, si la scolarité se déroule
bien. |
| - Association CORIDYS (Coordination
des intervenants auprès des personnes
souffrant de dysfonctionnements neurophysiologiques) www.coridys.asso.fr |
| - www.education.gouv.fr :
guides gratuits pour les enseignants accueillants
un élève présentant une
déficience motrice, auditive, visuelle.) |
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| S.A.U n°114 - décembre
2003 |
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