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  L’ÉCOLE ET LES TRANSPORTS
  L'ÉCOLE LOIN DE LA MAISON
En décembre 2002, l’Observatoire de l’Enfance en France éditait « Le point sur…l’école loin de la maison », l’occasion de se remémorer l’histoire des transports scolaires et cerner son évolution.
 
« La troisième République, en rendant l’instruction obligatoire, a été contrainte de doter chaque commune d’au moins une école primaire, lorsqu’il n’en existait pas déjà. Du fait de ce maillage extraordinaire, qui se traduisait même parfois par la construction d’écoles de hameaux dans des régions à habitat très dispersé, du fait aussi du caractère mythique de Jules Ferry et de son œuvre, qui incline à tout enjoliver, on oublie trop souvent que, pourtant, l’enseignement se dispensait, pour beaucoup, loin de la maison. Ainsi existe-t-il des personnes encore bien vivantes qui, au cœur des campagnes ont dû, entre six et quatorze ans, parcourir à pied, deux fois par jour, 5 ou 6 kilomètres, à travers bois parfois, et par tous les temps, pour satisfaire l’obligation scolaire. Et pour les plus socialement favorisés, c’est-à-dire ceux qui, infiniment moins nombreux, fréquentaient d’emblée, dès six ans, l’enseignement secondaire, l’éloignement du collège ou du lycée était souvent tel, que l’internat s’imposait dans la majorité des cas.
 
Plus d’un demi-siècle après, tout ou presque a changé, parfois radicalement : prolongation de l’obligation scolaire, unification du système, massification de l’enseignement secondaire, mais aussi baisse démographique dans les campagnes, apparition de nouveaux enjeux sociaux et éducatifs dans les zones péri-urbaines, contraintes économiques liées aux lois de décentralisation, transformation des modes de vie, pour ne citer que les principales évolutions.
 
Mais l’école, le collège et le lycée restent souvent éloignés du domicile familial, parfois même le deviennent de plus en plus. Ainsi un élève sur trois doit-il être transporté quotidiennement de la maison à son lieu d’étude tandis que, dans le même temps, près d’un sur vingt a recours à l’internat.
 
Le transport scolaire.
 
Quiconque s’est retrouvé un jour sur des routes de campagnes entre huit et neuf heures du matin a nécessairement été confronté à l’impressionnante noria de cars de toutes tailles, voire de taxis, surgissant de partout, et finissant par converger vers un établissement scolaire.
 
C’est au cours des années soixante que le transport scolaire s’est imposé, à la suite de diverses décisions législatives, administratives, ou pédagogiques entraînant de profondes modifications sociologiques.

Tout d’abord la prolongation de l’obligation scolaire jusqu’à 16 ans, devenue effective en 1968, modifie fondamentalement la nature de la scolarisation secondaire : choisie auparavant par certaines familles, avec les contraintes qu’elle a toujours comportées, notamment celles résultant de l’éloignement, elle devient obligatoire pour tous.

Aussi, en dépit de l’extraordinaire multiplication des établissements de premier cycle (au cour de l’année 1966 on a inauguré un CES par jour), il n’a pas été possible d’éviter un déplacement quotidien important pour un grand nombre de nouveaux collégiens.

Parallèlement, le dépeuplement de certaines zones rurales conduit un certain nombre de maires soit à fermer purement et simplement des classes uniques, fréquentées par un trop petit nombre d’élèves, qu’il faut alors transporter vers une commune voisine, soit à créer des regroupements pédagogiques intercommunaux (RPI).

Cette dernière formule, qui présente l’avantage de conserver partout une école, impose en revanche des transports croisés entre les deux ou trois communes concernées (ce qui peut d’ailleurs s’avérer préjudiciable pour les enfants les plus jeunes, d’âge maternel par exemple).

Enfin, la dynamique créée par la massification de l’enseignement secondaire a pour conséquence mécanique une fréquentation de plus en plus importante des lycées, vers lesquels il faut prévoir également un transport scolaire, le plus souvent quotidien, et, parfois, hebdomadaire pour les internes.
 
Depuis les lois de décentralisation de 1982, ce sont les départements qui ont la responsabilité d’organiser les transports scolaires, prérogatives qu’ils délèguent généralement aux réseaux de transports en commun dans les zones urbaines, et qu’ils confient souvent aux communes, groupements de communes sous toutes ses formes, ou encore associations diverses dont celles de parents d’élèves.
 
En 2000/2001, sur 14 392 200 élèves scolarisés dans l’ensemble des écoles, des collèges et des lycées métropolitains, 4 392 000 (soit 30,5%) ont été transportés pour un coût total de près de 1,5 milliard d’euros.
 
Le coût annuel moyen du transport quotidien d’un élève est d’environ 520 euros, celuis du transport hebdomadaire d’un interne de 212 euros, et celui d’un élève handicapé de près de 3 500 euros, ce qui représente un coût annuel de 48 euros par an et par habitant, avec néanmoins de fortes disparités géographiques ( de 15 à plus de 70 euros). La participation départementale à ces dépenses est très variable puisque, hors Île-de-France, 7 départements en prennent en charge moins de 75% alors que, dans le même temps, 22 les assurent en totalité.
 
Mais quelle que soit cette participation, qui semble devoir plus à des options politiques qu’à des possibilités financières, on remarque sans surprise que, de façon générale, ce sont les départements les moins urbanisés, donc supposés disposer des ressources les plus faibles, qui doivent assurer proportionnellement le plus de transports scolaires.
 
Enfin, s’il est incontestable que le transport allonge sensiblement la durée de la journée scolaire des collégiens et lycéens ruraux, les transports en commun d’enfants s’effectuent en revanche dans des conditions de sécurité remarquables : on n’y a en effet déploré, en 1998/1999, que 4 tués, 12 blessés graves et 128 blessés légers, chiffre qu’il faut rapporter aux 4,4 millions d’élèves transportés deux fois par jour sur des distances moyennes de 10 km, et qui ne représentent respectivement que 0,6%, 2,3% et 0,6% de la totalité des différentes victimes de moins de 18 ans.


S.A.U n°115 - mars 2004