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LA COOPÉRATION À L’ÉCOLE
: L’AVENIR CITOYEN |
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| L’OCCE, l’Office
Central de la Coopération
à l’École est l’organisme national
qui fédère la vie et l’action pédagogiques
d’environ 50 000 établissements scolaires.
Avec 4 millions d’élèves adhérents
de la maternelle aux classes post-bac, l’OCCE est
une des plus importantes associations complémentaires
de l’enseignement public. Pourtant, hormis son rôle
de « gestionnaire » des coopératives
scolaires, peu d’enseignants, de partenaires de l’École,
de parents connaissent le projet associatif et les objectifs
poursuivis par l’OCCE. Depuis très longtemps
en effet, l’association met l’enfant au centre
du projet pour le citoyen
à venir. |
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| Jean-François VINCENT, Président
national de l’OCCE, nous parle de l’histoire
de cette organisation et de ses perspectives pour l’école
du XXIè
siècle. |
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| Quelles sont les racines de la coopération
? |
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C’est tout naturellement dans la mouvance des
courants coopératifs, mutualistes et associatifs
que la coopération scolaire va, au fil des ans,
trouver sa place. Dans un appel aux enseignants, intitulé
« L’éducation sociale et coopérative
», paru en 1900 dans l‘Almanach de la Coopération,
le Professeur Léopold Mabilleau, universitaire,
Directeur du Musée social, premier Président
de la Fédération Nationale de la Mutualité,
expose la nécessité d’une éducation
des élèves à la coopération.
« Combien de fois a-t-on remarqué que le principal
obstacle au triomphe de la coopération est l’inexpérience
des associés, leur inhabileté aux détails
de la gestion, leurs habitudes individualistes, leur défiance
ou leur timidité à faire valoir l’intérêt
général, à dégager l’indépendance
de l’œuvre commune ! N’y aurait-il pas
dans la création de coopératives scolaires,
juxtaposées aux mutuelles scolaires et, au besoin,
fédérées avec elles, une préparation
modeste mais discrète et sérieuse aux fonctions,
aux devoirs de l’avenir ? C’est aux instituteurs
de répondre. »
C’est de cette volonté de mettre en place,
dès l’école primaire, une éducation
sociale et coopérative qu’est né, quelques
années plus tard, l’OCCE. Ses premiers statuts
rendent compte de cette double origine : éducative
et économique. Il s’agit alors d’encourager
la création de groupements d’élèves,
l’enseignement de la Coopération ou encore
d’accorder aux élèves des récompenses
ou des bourses d’études. |
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| L’OCCE n’est donc, au départ,
uniquement une association gestionnaire ? |
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Dans les statuts de 1929, les coopératives scolaires
sont définies comme des « groupements d’élèves
et d’anciens élèves » dont l’objectif
est d’apporter un soutien matériel à
l’école afin de mettre en place un enseignement
plus actif. Le premier a explicité clairement, dès
1922, l’intérêt éducatif, et
non seulement l’intérêt de gestion,
de la Coopération à l’École
fut l’Inspecteur Primaire Barthélémy
PROFIT dont Célestin FREINET dira qu’il fut
« l’inventeur de la "coopération
à l’école" ».
C’est après la seconde guerre mondiale, sous
l’impulsion de Jean SAINT-AUBERT, Inspecteur Primaire,
Vice-président de l’OCCE, que l’association
va intégrer dans ses statuts, dans son projet, les
travaux de ces pédagogues de « l’éducation
nouvelle ». Les coopératives scolaires sortent
alors du cadre associatif de groupements d’élèves
et d’anciens élèves pour devenir une
œuvre éducative de l’école. «
La coopérative scolaire a pour objet… de créer
et de développer, parmi les élèves,
l’esprit d’entraide et de solidarité
; de resserrer les liens d’amitié entre l’école
et les parents d’élèves. »
Vingt ans plus tard, en 1968, la coopération devient
une « méthode active d’éducation
civique, morale et intellectuelle pour développer
cet esprit d’entraide et de solidarité. »
Pourtant, même si l’enseignement de la coopération
va demeurer un héritage statutaire, il va perdre
peu à peu son sens dans le mouvement…dont
les objectifs vont se centrer sur la gestion du nombre
croissant de coopératives scolaires. |
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| Comment l’OCCE est-elle devenue cette
association quasi incontournable pour la gestion de l’argent
de l'école ? |
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Il faut de nouveau faire un bref rappel historique.
Jusqu’en 1939, les ressources de l’OCCE provenaient,
pour l’essentiel, des cotisations des sociétés
coopératives adultes. Après 1946, ces sociétés
sont très affaiblies et c’est le Ministère
de l’Éducation Nationale qui va apporter la
plus grosse part des ressources de l’association
sous la forme d’une importante subvention de fonctionnement.
Entre 1948 et 1962, des circulaires ministérielles
vont inciter la création de coopératives
scolaires et leur affiliation à l’OCCE. Cette
« institutionnalisation » de l’OCCE va
modifier considérablement le sens de l’adhésion.
Cette utilisation des coopératives scolaires à
des fins purement gestionnaires n’est donc pas une
réalité récente. L’absence de
statut juridique des écoles primaires, l’ouverture
de l’école, la généralisation
des sorties éducatives ou encore l’introduction
dans les programmes de nouveaux enseignements a accru ces
dernières années l’importance de cet
aspect gestionnaire fort éloigné
des objectifs des coopératives scolaires définis
dans leurs statuts et les circulaires ministérielles. |
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| Quelles sont aujourd’hui les perspectives
de l’OCCE ? |
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| Elles sont nombreuses ! Pour construire son projet,
notre organisation vise des objectifs d’instructions
(connaissances), des objectifs pédagogiques (une
méthode), des objectifs éducatifs (savoir
être et savoir-faire), des objectifs de partenariat
et d’ouverture de l’École. Nous devons
réaffirmer les buts éducatifs des coopératives
scolaires. Face aux difficultés que rencontre l’École,
face au malaise d’une société qui semble
ne plus avoir d’ambition sociale et politique, il
est plus que jamais nécessaire d’amener les élèves,
citoyens de demain, à
résister aux menaces qui pèsent sur la démocratie.
Il faut leur offrir les moyens de lutter contre les dangers
de l’exclusion sociale et culturelle, en d’autres
termes, à s’investir dans un projet politique,
économique et social porteur d’espoirs. |
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| Quels sont les moyens dont dispose l’OCCE
pour cet apprentissage de la démocratie et l’exercice
de la citoyenneté
? |
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En poursuivant un objectif d’instruction civique
et économique, il faut faire découvrir aux
élèves (et aux enseignants) qu’il existe,
dans une société libérale, une autre
façon de concevoir les rapports humains au sein
de la société en général.
En publiant des documents pédagogiques, des vidéos
mais aussi en organisant des actions nationales comme
Étamine, prix OCCE des jeunes auteurs, ou en proposant
des formations, nous défendons la « pédagogie
coopérative » inspirée des principes
et des valeurs de référence de l’organisation
coopérative économique.
Dans une classe coopérative, la formation du «
citoyen-élève » sous-entend que les
apprentissages se construisent activement ensemble et non
pas en compétition avec les autres.
Aujourd’hui, les conseils d’enfants, piliers
de la coopération à l’école,
sont au centre des interventions de l’OCCE auprès
des enseignants et des étudiants en IUFM.
La formation dispensée par les militants de l’OCCE
(pédagogues, enseignants détachés
ou en poste) montre que la pratique du conseil correspond
à un choix éducatif qui repose sur la confiance
dans la capacité des élèves à décider
et agir. |
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| Quels sont les outils mis à la disposition
des enseignants ? |
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L’OCCE, au travers de sa fédération
nationale, de ses 102 associations départementales,
et de son réseau de militants propose des outils
très diversifiés aux enseignants.
Tout d’abord, l’OCCE organise, départementalement
ou nationalement, de nombreuses opérations à
destination des classes autour de projets concernant l’écriture,
le jardinage, la vidéo scolaire, les droits de l’enfant,
l’éducation aux médias, les pratiques
artistiques… Les supports sont divers mais toutes
ces opérations ont pour objectif de développer
la coopération et la participation active des élèves
dans la mise en œuvre du projet.
Notre revue Animation & Education, qui est probablement
la revue pédagogique la plus diffusée en
France (près de 40 000 établissements scolaires)
propose quant à elle, tous les deux mois, des dossiers
sur des thématiques éducatives spécifiques.
Les associations départementales interviennent d’autre
part en formation initiale et continue des enseignants.
Elles organisent des formations, des animations, sur, mais également
en dehors, du temps scolaire dans des domaines pédagogiques
et éducatifs.
Enfin, depuis quelques années, l’OCCE produit
des « outils pédagogiques » sous forme
d’ouvrages, de vidéo, de fichiers…
diffusés par les CDDP (comme les « dossiers
coopératifs » par exemple) les CRDP («
les sciences, innover, coopérer, enseigner) ou des éditeurs
privés (notre fichier «
apprendre en jardinant » par exemple) |
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| Qu'en est-il de la volonté du Ministère
de donner un statut administratif et juridique des écoles
? |
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J’ai du mal à vous répondre avec
précision pour la bonne et simple raison que le
Ministère, malgré nos demandes, ne nous
a pas associés à cette réflexion
qui embrasse certes des enjeux administratifs et juridiques
(autonomie budgétaire, rôle et statut du
Directeur…), mais également des enjeux de
cohérence éducative pour un grand nombre
de classes uniques ou de petites écoles.
Je crois que le souhait de donner un statut juridique et
administratif aux écoles primaires est réel
mais qu’il n’est pas récent, car plus
que la volonté « politique », ce sont
les solutions qui posent problème.
Je sais que plusieurs pistes ont été envisagées
: transformation des écoles en «établissement
public d’enseignement», création
«d’établissements publics de coopération
intercommunale», ou celle encore de la mise en réseau
des écoles… mais je ne sais pas au juste celle
qui sera retenue (ni même s’il n’en sera
retenu qu’une seule) tant les réalités
des écoles sont diverses, les contraintes nombreuses
et les partenaires concernés (éducation nationale,
enseignants, directeurs, maires…) d’avis parfois
contraires. |
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| Qu'est-ce que cela changera pour les projets
d'avenir de l'OCCE ? |
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Si une solution administrative, juridique, est enfin
trouvée cela devrait permettre de redonner aux coopératives
scolaires le caractère d’associations de mineurs
qui est le leur.
Celles-ci sont en effet trop souvent détournées
de leur mission éducative au profit d’activités
simplement gestionnaires dont les élèves
sont la plupart du temps exclus.
Combien d’élèves, de parents et même
d’enseignants connaissent les objectifs poursuivis
par la Coopérative Scolaire définie dans la
circulaire du 10 février 1948 comme une «société d’élèves
gérée
par eux avec le concours des maîtres en vue d’activités
communes».
Combien savent simplement si
leur coopérative est
affiliée à l’OCCE et quand c’est
le cas, combien savent qu’ils paient une cotisation
à cette association dont ils sont de ce fait, membres…
?
Le paradoxe est que les collègues adhérents
de l’OCCE nous reprochent parfois ce détournement
d’objet et les contraintes comptables qui en découlent…
Pourtant, depuis sa création en 1928, les militants
de l’OCCE n’ont cessé de rappeler au
travers des publications, des formations, des conférences…les
principes éducatifs, pédagogiques et démocratiques
qui sont au cœur de la coopération à
l’école.
Ce décalage, trop souvent constaté entre
l’objectif éducatif et la réalité
gestionnaire illustre à quel point, l’absence
de statut des écoles est responsable de l'«
instrumentalisation » des coopératives scolaires |
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| L'OCCE est-il autant implanté dans
les établissements secondaires que dans le primaire
? |
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Malheureusement non puisque l’implantation nationale
dans le second degré doit être inférieure
à 10%, alors qu’elle est proche des 80% dans
le premier degré. Mais quelques éléments
nous font espérer une évolution positive
de cette situation. Tout d’abord, il faut remarquer
que le nombre d’établissements du second degré affiliés à l’OCCE
est stable depuis quelques années . De plus de nombreuses
associations départementales ont « réinvesti
» le terrain du second degré et organisent
des formations de délégués élèves,
certaines participent même à la formation
des Conseillers Principaux d’Education.
Enfin, nous travaillons actuellement avec le Ministère
à l’écriture d’une circulaire
sur les coopératives scolaires qui, nous le souhaitons,
présentera l’intérêt «
éducatif et juridique » de l’affiliation
à l’OCCE pour les Foyers Socio Educatifs. |
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| Enfin, quel est le bilan de votre seconde
semaine de la coopération
à l'école ? |
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Mise en place l’an dernier en partenariat avec
la Groupement National de la Coopération, qui regroupe
les quinze familles coopératives françaises
(coopératives de production, coopératives
d’artisanat, de consommateurs, coopératives
agricoles, coopératives de banques et de crédit…
coopératives scolaires) cette « Semaine de
la coopération à l’école est
soutenue par l’ensemble des partenaires de l’éducation
nationale : ministère bien sûr, mais également
associations, mutuelles, coopératives de l’éducation,
fédérations syndicales, associations de parents…
Son objectif est double. Il s’agit d’une part,
de promouvoir la coopération à l’école
et d’autre part de faire découvrir aux élèves
et aux enseignants le monde des entreprises coopératives,
qui sont, malgré la place significative qu’elles
tiennent dans l’économie nationale, malgré
leurs spécificités de fonctionnement et leurs
valeurs de référence, fort méconnues
du public.
Pour atteindre ces objectifs nous avons diffusé
à l’ensemble des établissements scolaires
du premier et du second degré des livrets pédagogiques
incitant au travail scolaire coopératif. D’autre
part, de très nombreuses entreprises coopératives
ont, durant cette semaine, accueilli des classes. Enfin,
des colloques réunissant enseignants et acteurs
de l’économie sociale ont été
organisés dans plusieurs régions pilotes.
L’OCCE et le GNC sont convaincus de l’intérêt
éducatif de cette opération qui permet de
mettre en évidence, qu’il existe à
l’école, comme dans la société,
une autre façon de concevoir les rapports humains
et économiques, une autre façon d’entreprendre…
qu’il existe d’autres valeurs que la compétition,
l’exclusion des faibles, l’individualisme et
le culte du profit.
Ce sont certes des objectifs ambitieux, mais de première
importance si l’on souhaite construire par l’éducation,
une société qui mette l’homme et la
question sociale au cœur de son projet. |
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Site internet
www.occe.coop/federation/index.htm |
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| S.A.U n°116 - juin
2004 |
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