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  L'ÉCOLE ET LES MÉDIAS
  LES JEUNES ET LES MÉDIAS EN FRANCE
L’Observatoire de l’Enfance en France a réalisé un ouvrage intitulé « Les jeunes et les médias », une étude qui dresse un bilan sur les rapports qu’entretiennent les jeunes et les médias, sur l’évolution des équipements et sur la place qu’ils occupent dans l’école.
Rencontre avec Gabriel LANGOUËT, directeur administratif et scientifique de l’Observatoire de l’Enfance, vice-président du groupe Sciences humaines de l’université René-Descartes-Paris-V, professeur de sociologie à la faculté des Sciences humaines et sociales-Sorbonne et membre du Centre de recherche sur les liens sociaux (CERLIS, Paris V – CNRS).
 
Quelle place occupent les médias dans la vie des jeunes d’aujourd’hui ?
 
Aujourd’hui, les médias font partie de la vie quotidienne et constituent l’environnement familier des jeunes. La nouvelle génération, à la différence de la précédente, a grandi avec la télévision, a été témoin de tous les grands changements de l’audiovisuel et a connu le développement de l’informatique.

Les médias sont omniprésents et participent largement, avec la famille, l’école, le groupe des pairs, à la socialisation des enfants et adolescents. La télévision en particulier, précède même l’école. Avec la radio, elle représente le premier média accessible pour l’enfant qui, très tôt, est capable d’allumer un téléviseur. La télévision reste à ce jour le média le plus consommé par l’ensemble des enfants et adolescents : à peine plus de 3% des enfants, issus pour la plupart de milieux favorisés, grandissent sans télévision à leur domicile. La télévision représente globalement, pour les jeunes le premier loisir et la troisième activité, en terme de budget-temps, après le sommeil et l’école.
 
Quelle est leur influence sur la jeunesse?
 
Plutôt que de parler de l’influence des médias, il serait plus juste d’évoquer les effets, voire les méfaits supposés des écrans, et particulièrement de la télévision. Ce média, et plus récemment les jeux vidéos ont fait l’objet de nombreuses discussions, d’études variées, de recherches diverses, pas toujours bien étayées, à propos de l’influence néfaste, voire des ravages pour certains auteurs, sur la scolarité, le sommeil, le développement intellectuel et moral, la désintégration de la famille, la santé physique et psychique de l’enfant, etc. Les méfaits attribués aux médias concernent le plus souvent le thème de la violence, sans qu’il soit généralement fait de distinction entre la violence à la télévision et la violence de la télévision. Force est de constater l’ampleur croissante prise par la violence dans les médias qui, d’une part reflète une violence présente dans le monde, et d’autre part offre des programmes de jeunesse pouvant comporter des épisodes aussi violents que certaines scènes d’actualité. Si assurément il existe une corrélation entre la violence des écrans et le comportement agressif des enfants (à partir d’une étude récente menée par la direction de l’Action Sociale et le ministère de la Culture auprès d'enfants de 11 à 13 ans), aucune recherche ne peut vraiment établir de causalité directe entre les deux. Il est plus probable que la violence télévisuelle ne crée pas de la violence, mais contribue à sa mise au jour lorsqu’elle existait déjà. À l’inverse, l’hypothèse selon laquelle les scènes télévisuelles de violence permettraient d’évacuer l’agressivité du jeune spectateur n’a jamais, non plus, été réellement démontrée.
 
Quelle place occupent les médias dans l’enseignement ?
 
Si les médias font bien partie de la vie quotidienne en France, ils ne font pas encore partie du quotidien de la vie scolaire. On observe de grandes disparités d’équipement selon le média considéré.

Mais l’école ne peut suivre au même rythme l’évolution incessante de la société globale, évolution d’autant plus rapide que les technologies s’accélèrent de façon considérable. La sphère médiatique au sein de laquelle circulent des informations en tout genre représente un « espace public » aux caractéristiques profondément différentes de celles de l’institution éducative. Les techniques médiatiques fonctionnent selon le principe de l’éphémère de la société de consommation. L’école, elle, s’approprie lentement, non seulement les techniques, mais les informations, car elle fonctionne selon les principes de « mémoire », de « durée », de « compréhension » propres à la culture cultivée.

Il semble bien que si l’institution scolaire est capable de réfléchir aux conséquences pédagogiques de chaque nouveau média, qu'elle soit, en revanche, au moins jusqu’à présent, incapable d’en déduire des politiques éducatives à long terme. Tout semble un peu fonctionner selon le « bon vouloir » d’enseignants isolés, ce qui ne permet aucunement une introduction, pensée à l’échelle de tout le système éducatif, des nouveaux médias, même si les trente dernières années ont été marquées par des plans successifs d’équipement.
 
L’opposition entre médias et école a-t-elle un sens ?
 
L’opposition traditionnelle entre éducation aux médias et éducation par les médias n’est peut-être plus aussi pertinente qu’elle ne l’était, dans la mesure où le développement du multimédia rende ces deux perspectives de plus en plus complémentaires. Il est, en effet, important pour les enseignants de savoir utiliser les médias comme autant d’outils susceptibles de varier les supports, d’accroître ainsi les motivations des élèves, d’augmenter l’efficacité, et, dans le même temps, de pouvoir proposer une réflexion critique sur les contenus et les canaux utilisés. Pour cela, la formation initiale et continue des enseignants est indispensable à l’appropriation de ces outils (aussi bien d’un point de vue strictement technique que vis-à-vis d’une utilisation critique de ces mêmes outils), appropriation qui, seule, permet la transmission des savoirs concernant les médias et leur interactivité. Les médias et l’école présenteraient dans cette optique une complémentarité.
 
PUBLICATION DE L’OBSERVATOIRE DE L’ENFANCE
 
Site internet
www.observatoiredelenfance.org
 
S.A.U n°117 - septembre 2004